[Presse] Chez B&B, le licenciement est "un désaccord commercial"

Cabinet GUEDJ HAAS-BIRI - [Presse] Chez B&B, le licenciement est

Les gérants des hôtels B&B se mobilisent contre des licenciements et des contrats qu'ils jugent abusifs.

"Travailler plus pour gagner plus, c'est impossible quand on est déjà au maximum".Lucien Lalau a été pendant huit ans gérant mandataire d'un hôtel de la chaîne B&B sur la nationale 118, près d'Orsay dans la région parisienne. Sept jours sur sept, de jour comme de nuit, il gérait un hôtel dans lequel il habitait - dans un espace de 30m² situé derrière l'accueil - pour un salaire de 1200 euros net par mois. Il intègre B&B S.A. Galaxie en 1998 sous un contrat commercial. Un statut bien pratique pour l'employeur: en cas de conflit, le patron peut mettre en avant un simple désaccord pour se séparer du gérant, alors qu'en droit social il convient de motivier un licenciement.


Du coup, en mai 2001, Lucien Lalau engage une procédure judiciaire afin d'obtenir une requalification de son contrat. Il est vite rejoint par dix-sept autres gérants, les prud'hommes et le tribunal de commerce se saisissent du dossier, le jugement n'est toujours pas rendu. "Le statut de gérant mandataire, ajoute Lucien Lalau, c'est de l'esclavagisme moderne, on bosse 24 heures sur 24 pour un même salaire. Nous voulons un contrat de travail classique où toutes les heures sont rémunérées". Mais il est trop tard pour que Lucien en bénéficie puisque la direction rompt sont contrat le 30 mai 2007 suite "à de profonds désaccords". "La vraie raison c'était la mobilisation que j'avais succité au sein de la chaîne, poursuit-il, un collègue a été renvoyé pour le même motif, il avait 60 ans, venait d'obtenir le statut de salarié et a dû s'en aller sans aucune indemnité".

 

Comme un CPE


Lucien a 45 ans, il a arrêté ces études après la troisième et a enchaîné les petits boulot avant d'entrer chez B&B, qui appartient aujourd'hui au groupe Eurazeo. "J'ai été embauché pour un contrat commercial a durée indéterminée mais avec la possibilité d'être licencié sans réel motif dans un préavis de trois mois, ce contrat c'est en fait une sorte de CPE". En plus de son emploi, Lucien perd son logement de fonction et tombe en dépression. "Mon cas n'est pas isolé, la situation est la même dans les hôtels Formule 1 et Etape Hôtels. Ces groupes sont prospères, ils nous promettent de l'indépendance et la possibilité d'augmenter nos salaires mais dans la réalité, les charges sont tellement élevées qu'il ne nous reste quasiment rien à la fin du mois". Le 21 décembre prochain, Lucien et d'autres gérants d'hôtels B&B vont manifester pour soutenir un de leur collègues, dont le contrat va être rompu sans indemnité, toujours pour les mêmes "profond désaccords". Au siège de B&B S.A. Galaxie, à Brest, on explique que c'est "un problème récurrent..." Pourtant il ne rencontre toujours pas de solution. Le PDG, M. Sampeur, nous explique qu'ils ont effectivement un litige avec certains employés, mais que "la plupart des gérants mandataires ne veulent pas changer de statut, il s'agit d'une minorité qui veut nuire à l'image de l'entreprise". Il reste cependant vague et confus sur les raisons dde ces ruptures de contrat: "C'est un contrat commercial, nous n'avons pas besoin de raison pour le rompre". Une avant-garde des relations sociales que le patronat voudrait généraliser. C'est justement le problème: peut-on considérer un emplyé payé 1200 euros comme un simple partenaire commercial?

 

Pauline Delassus

Article écrit par Administrateur Cabinet Guedj Jeudi 21 novembre 2013